
Mère célibataire,
vie ordinaire.
Et les gants abandonnés
dans les métros, dans les cafés,
la font parfois pleurer.
Allez savoir pourquoi,
la font parfois pleurer.
Je réajuste soigneusement le col de ma veste avant de passer la porte du café. Toutes les chaises sont déjà retournées sur les tables et les derniers clients désertent l'endroit. M. m'attend au comptoir, avec ses soucis. Je m'approche d'elle en traversant les senteurs lourdes de la pièce obscure. À ses côtés, je me plonge dans le parfum plus léger de sa solitude. Je la salue et commande une boisson amère qui porte son nom. La création d'un serveur amoureux qui ne doit pas être bien loin.
« Un trait, danger. Deux traits, sécurité », me lance R. avant de sniffer bruyamment son second rail de coke. Je ne peux m'empêcher de laisser échapper un petit rire que je regrette aussitôt. Il faudrait sans doute lui faire la morale, mais je n'en ai plus le courage.
M. se tient stoïquement devant le grille-pain. Debout dans le coin de la cuisine, elle me tourne le dos. Les rideaux laissent s'infiltrer les premiers rayons du soleil. Le jour commence à peine à se lever et nous en sommes déjà à notre troisième silence. Je me perds dans ces petits vides, ces moments d'absence. Je la perds, elle aussi. En observant sa silhouette immobile, je me souviens que dans ces moments-là, avant, on parlait.- J’en sais rien, t’as une idée ? »
Pas de réponse.
Il avait toujours de bonnes idées, le chat, mais ce soir-là il semblait que la situation lui échappait. Ce soir-là il me tournait le dos et, assis sur la commode, il observait par la fenêtre l’eau qui n'en finissait pas de monter.
« Tu crois que ça va s’arrêter ? »
En guise de réponse il se leva, s’étira et se remit à contempler les flots.
Il était inquiet. Les chats détestent l’eau c’est bien connu.
« V. n’est toujours pas revenu…je me demande si…
- V. c’est le grand brun avec le sweat des Red Sox ?
- Oui.
- Alors laisse tomber.
- Que… ?
- Regarde. »
Je me penchai par la fenêtre, V. était là, flottant à la surface, accroché à une planche de bois. Il était bleu.
« On va le rattraper il a l’air mal en point, pousse toi je vais ouvrir !
- Pas la peine, répondit le chat. Regarde mieux.
- Merde. »
Si V. était encore accroché à la planche, c’est parce qu’il y était cloué. Un bout de bois sortait de son dos.
Et il lui manquait une jambe.
Le chat bâilla un long moment, tandis que je tentai en vain de retrouver mon équilibre. Je m’effondrai dans le fauteuil.
« Quand est-ce que ça va s’arrêter ? »
Pas de réponse.
Le chat ne répondait pas souvent aux questions et encore moins lorsqu’il n’avait pas la réponse.
« Quand est-ce que ça a commencé ? » demanda le chat.
L’eau est tombée, comme ça, tout à coup. Je me souviens très bien de ce jour. Pas parce qu’il s’est mis à pleuvoir, ça arrive souvent ça ; ça arrivait souvent. Mais parce que c’est précisément ce jour-là que le chat a choisi pour se mettre à parler. Il faisait beau. Le chat a dit : « Il va pleuvoir »
Le soir l’eau s’est mis à tomber. Des trombes et des trombes d’eau. Comme si la mer se déversait dans le ciel, et qu’à son tour, le ciel se déversait sur la terre. L’eau n’a pas arrêté de tomber depuis ce soir où le chat a parlé.
Et maintenant je suis là, recroquevillée dans ce vieux fauteuil de velours rouge mité, au dernier étage de l’hôtel. Le seul de la ville qui n’a pas encore été submergé. Il faudrait partir, V. flotte devant ma fenêtre crucifié à une vieille planche moisie, D. et L. ont abandonné il y a longtemps. Mais je ne quitterai pas l’hôtel, même s’ils venaient à mon secours.
Le chat dit que ça s’arrêtera un jour. Les chats se trompent rarement.
« Qu’est-ce que tu vas faire maintenant ? demanda le chat.
- Attendre. »
Rembobine Jack.
Bruit de bobine qui se rembobine
Stop !
Je remets le passage chef ?
Vas-y
Il y a un grand type, et une môme avec lui. Elle doit avoir vingt ans à tout casser. Elle porte un blouson de cuir, un jean, un sac en bandoulière. Plutôt mignonne. Lui il est ordinaire, pas beau gosse, pas moche non plus. Ils ne se sont pas vus depuis longtemps, mais elle ne l’a pas encore embrassé. Est-ce qu’ils sont ensemble ? On dirait pas. Mais ils ont l’air proche. Sa sœur peut-être ?
Ils sont où ?
J’en sais rien, Paris ?
Possible
Ils se dirigent vers un bar. Ils entrent, ils s’installent. Il va commander à boire. Elle est seule à la table, un serveur passe, bonjour. Bonjour. Ça va ? Oui merci. Sourire. Il est pas mal ce serveur. Elle n’est pas vraiment enchantée d’être là. Elle a pensé à lui pendant tout le temps. Elle n’a pensé qu’à lui. Elle sait que c’est rarement réciproque, mais c’est pas grave. Elle a failli abandonner et ne pas revenir. Ça sert à rien. Mais maintenant qu’elle est là, peut-être que c’est encore possible après tout. Avec lui on ne sait jamais. Elle sait. Mais c’est pas grave.
Un peu longuet non ?
Un peu. Accélère Jack
Ah on a raté le moment où ils s’embrassent.
Ah donc c’est pas sa sœur ! Vous êtes pas sa sœur ?
Ça va être là, tais-toi !
« Il faut que je te dise quelque chose.
Tu parles comme dans les films.
Haha…bon…je vais être papa. »
Stop ! Vous voyez, c’est là ! Juste le quart de seconde après sa phrase, on voit ma tête là juste avant le haussement de sourcils, avant le « c’est vrai » et avant tout le reste. C’est juste là.
Oui d’accord, je vois bien, c’est vrai quand on regarde on voit bien, hein Jack ?
Ouep chef !
Vous pouvez prendre ce quart de seconde, j’en veux plus, je vous le donne
On avait fixé la rémunéra…..
Non, non je vous l’offre, je vous assure, je ne veux pas vendre ça. Je veux juste l’oublier. Prenez le pour votre expo, mais ne donnez pas mon nom.
Ça sera vraisemblablement ma pièce maîtresse…vous êtes sûre de vous ?
Certaine.
Ce soir là, après m’avoir annoncé la nouvelle on a trinqué, on a bu une bière, on a rigolé, on était un peu gêné, mais mon cerveau avait réagi tellement vite qu’il n’avait rien pu voir.
Il est allé commander deux autres bières au comptoir. J’ai laissé un billet sur la table, j’ai pris mon sac et je suis partie.
Je ne sais pas s’il m’a suivie. Je ne sais pas s’il a essayé de me rattraper. Honnêtement je ne pense pas. De toute façon ça n’aurait servi à rien. Je crois que j’ai fait ce qu’il y avait à faire. Pour une fois.
J’ai pleuré sur le trajet du retour. Ça faisait des lustres…
Et puis sur le mur devant moi cette affiche. L’artiste Arturo V. expose à Paris. Le thème ? Lost Things.
Quand vient la nuit, je m'engouffre dans les artères de la ville. Je longe les murs, espérant surprendre le sommeil au détour d'un boulevard. Mon itinéraire est toujours le même, celui des petites rues solitaires où j'espère être tranquille. Bercé par le bruit cadencé de mes pas, je laisse mon esprit vagabonder. Ces soirs-là sont dangereux. Les idées qui m'assaillent peuvent briser toutes mes certitudes. Ces soirs-là, je marche à flanc d'abîme.
Je ne sais pas si vous avez regardé l'Eurovision il y a quelques temps, mais moi si. Enfin, disons que je suis passée devant la télé au moment de la fabuleuse performance de Azerbaïdjan, c'est à dire que j'ai été obligée de m'arrêter pour regarder afin de ne pas louper une miette de ce déballage de bon goût aussi bien audio que visuel.Il s'agissait tout d'abord d'un jeune castrat aux yeux marilynmansoniens (oui, les deux), déguisé en poulet attendant d'être plumé et accompagné de quelques autres poulettes de ses amies très certainement. Le deuxième chanteur, son antithétique compère, était une sorte de rocker marilynmansonien, lui aussi, mais sans les yeux, vu que le premier les lui avait piqués. Ce charmant beuglant, confortablement installé dans un trône décoré façon Valérie Damido collection Enfer, était lui aussi entouré de charmantes tentatrices (à partir du string en cuir on peut dire "tentatrices"), qui dansaient ou plutôt se trémoussaient gaiement au rythme endiablé de cette chanson sensationnelle dont le nom m'échappe, mais dans laquelle, même sans rien comprendre, on pouvait aisément distinguer le Bien du Mal, le Bien étant incarné par un mec en retard à la Gay Pride et le Mal, par un type qui trouve que c'est super classieux de verser du ketchup sur le corps d'une pouffe en transe, jolie la pouffe soit dit en passant. Mais là où réside LA subtilité suprême de la chansonnette, et ce qui, sans aucun doute, l'a hissée à un approximatif 7e rang honorifique au classement si dur, à mon sens, du concours de l'Eurovision ; LA subtilité de la chanson disais-je donc, le moment où rien ne va plus, où le spectateur, hors de lui et désemparé, enlève sa culotte frétillante en signe de désarroi, La subtilité grandiose fut qu'à la fin de la chanson, le Méphisto de Prisunic, transformiste à ses heures (comme la chanteuse grecque soit dit en passant), se retrouve affublé du même costume blanc fluo de maque que son acolyte, mais sans les plumes et ils finissent en un duo troublant d'émotion, la main dans la main, et le...enfin bon.
Alors je pose la question : peut-on parler de rédemption à l'Eurovision ? Et si oui, y a-t-il possibilité de rédemption totale et unanime, puisque Satanus n'avait pas ses ailes ? Purgatoire ou problème technique ? La question reste ouverte...
Dans un tout autre registre (enfin disons que lui n'avait pas les yeux ni les plumes dans le...), permettez-moi de m'attarder sur le cas des Russes (encore eux), qui ont grandement abusé (sur la vodka apparemment) cette année encore (je dis "encore" mais c'est rhétorique, je ne regarde pas l'Eurovision tous les ans malheureusement). Ces espèces de malades ont fait chanter un minet, en blanc lui aussi, façon pureté coquine, accompagné d'un faux violoniste de fête foraine qui bougeait même pas les doigts mais qui, à genoux sur sa plaque de Téflon, avait tout à fait l'air profond et indiscutablement professionnel d'André Rieu. Mais bon, ça, passe encore, on est à l'Eurovison ne l'oublions pas. Le scandale que je dénonce à présent, s'est justement produit sur cette ridicule plaque de Téflon moisie par la corruption, celle-là même qui servit de glorieux promontoire à Andy Junior. Sur cette plaque de l'infamie, on a vu arriver Evgeni. Non vous ne rêvez pas, Evgeny Pushenko, MON Evgeni, MON amour de MA vie, et pourtant Dieu sait que j'exècre les blonds, Dieu m'savonne. Mon Evgeny qui fait la pirouette Bilman mieux que les nanas en jupettes, mon Evgeny que je croyais quand même un peu plus intelligent que Brian (que j'aime aussi mais bon faut bien avouer qu'à part le patin....enfin bon). Mon Evgeny ! Aller se trémousser sur cette plaque minable comme une pute cinquantenaire sur un trottoir de Castillon-la-Bataille ! Et ils ont remis ça deux fois les bougres, parce qu'ils ont gagné en plus ! Pour me consoler je me suis dit que Evgeny a sombré dans la Zubrowska, moindre mal, et qu'il a besoin de cet argent pour rembourser des dettes de jeu. Un coup dur quand même. Cela dit, relevons la tête mes amis, tout n'est pas perdu. J'ai tout de suite mis au point une stratégie offensive de riposte, je vais d'ailleurs soumettre l'idée au Comité des Incompétents Audiovisuels de l'Eurovision.
Mes amis, l'an prochain, à côté du bellâtre français, on met Laure Manaudou, dans un baquet de flotte !
Avec un peu de chance les Italiens qui appelleront pour nous insulter seront pris en compte comme des votes...
allez voir sur Youtube, je vous jure ça vaut le coup
Si j’écris encore c’est pour ne pas sombrer. C’est ça, ça doit être ça. Si j’écris encore maintenant, cette nuit, demain peut-être…c’est pour continuer d’exister. Dit comme ça ça fait tout de suite dramatique, mystérieux je sais pas, mais c’est comme ça. Hier on nageait dans des rivières de citronnade on dormait dans la barbe à papa nos oreillers c’étaient des chamallows Haribo, les roses et les blancs qu’on faisait griller au-dessus du feu l’été. Et même pas en été, dans la cheminée. On était vraiment des sales gosses. Surtout toi, finalement. Mais ça t’a pas suffi les rivières de coca, sans bulle pour moi, je flotte assez mal. Ça t’a pas suffi de croquer les ours en guimauve par la tête, la tête d’abord puis le corps. Et les ballades en barquettes à la fraise, le tour d’abord et la confiture. On glissait on coulait c’était pas grave on avait nos bouées Snoopy. J’écris n’importe quoi mais c’est toujours ça, c’est déjà ça, de gagné sur le temps. Demain il faut partir, on n’a plus le temps, surtout toi. On n’a pas le temps de recoudre tout ça il faut partir sans se retourner alors surtout fais bien attention à ne rien déchirer, de plus. On n’a plus le temps, mais moi ça va, j’ai ma corde en réglisse et je la lâcherai pas, t’avais qu’à pas tout manger maintenant c’est fini. Alors on attend ce soir on attend tous les deux dans la poussière. Á l’ombre de l’ombre de la table. Sous la chaise, on est vraiment deux chats. Mets ton chapeau, de paille, je craque une allumette et c’est parti on va rigoler, j’ai apporté des chamallows Haribo, et deux bâtons bien piquants, au bout. C’est pas la peine de pleurer maintenant, quand la lumière disparaîtra tu pourras, peut-être, mais pas là. Ce soir j’ai attaché ma corde autour de ma taille mais pas toi, parce que t’as tout mangé, déjà. Accroche-toi à un crocodile et fais ce que tu peux, pour rester à la surface, il reste du coca sans bulle, on flotte assez mal, tu verras. Fais ce que tu veux maintenant, moi j’écris, et c’est ça. Fais ce que tu veux mais moi, je reste là.message personnel : ça te rappellera sans doute quelque chose Chicolini, et tu auras raison, je t'ai pompé tes idées, mais jamais ta grandiose ver...ve. Et merci pour tes textes délirants qui assistent ma folie, vraiment.

Je me réveille en sursaut. Un cauchemar encore. J’ai comme une intuition, il faut que je me lève et que j’aille le rejoindre. Alors je me lève. Mais c’est étrange. J’ai l’impression d’être haute comme trois pommes. Je dois avoir cinq ans. J’ai des cheveux bouclés et très blonds. Et une jolie robe de nuit. Blanche, et rose aussi. J’ai mon ours avec moi, celui de d’habitude, le blanc qui ressemble à un phoque échoué sur la banquise. Je le serre contre moi mais bizarrement je n’ai pas peur. J’ai toujours peur d’habitude dans le noir. Mais bon aujourd’hui j’ai cinq ans, et ça, c’est pas dans mes habitudes. Alors je me lève avec mon ours sous le bras. J’ouvre la porte et je me dirige vers sa chambre. Je passe dans un salon avec une cheminée et un feu dedans, mais le feu ne chauffe pas la pièce, il fait très froid. Je me dépêche avant…avant que quelque chose n’arrive mais je ne sais pas quoi. Je pousse la porte de sa chambre. Il est là, j’entends son souffle. Il dort, je crois même qu’il ronfle. Il me tourne le dos. Il est large son dos. Le lit est très haut, bien trop haut pour moi. Je jette mon ours dessus et entreprends d’escalader le sommier. J’arrive à la couverture, je la soulève pour le découvrir. Il s’est transformé en lion. En lion gigantesque. D’abord j’ai peur. Mais après tout, c’est mon lion. Je passe par-dessus lui au prix d’un effort surhumain. Son pelage est tout doux, on dirait un désert. J’arrive devant son museau. Il se réveille. Son souffle est chaud.Je peux dormir avec toi ? J’ai peur dans mon lit.
Hmmm.
Ça veut dire oui je crois. Je ne sais pas trop où me mettre pour ne pas le déranger, mais bientôt il m’attrape dans sa gueule et me dépose entre ses pattes avant. Mon ours m’attend là, je le serre fort. Avant de fermer les yeux je me tourne une dernière fois vers lui. Il a repris son apparence de d’habitude, pourtant j’ai toujours l’impression d’être entre ses pattes moelleuses. Je m’endors.
J’ai dû rêver cette nuit-là. Quand je me suis réveillée j’étais toute seule dans ma chambre. J’avais bien mon ours avec moi, celui qui a l’air d’un phoque échoué sur la banquise. Mais lui n’était pas là. J’ai voulu lui raconter mon rêve, et puis je me suis dit que c’était ridicule. Et puis finalement je lui ai raconté. Mais vous savez ce que c’est, on n’arrive jamais vraiment à raconter les choses importantes.
Une heure du matin, je marche sous la lumière des lampadaires à côté de S. Elle commence déjà à dresser le bilan de la soirée et à envoyer deux-trois vannes sur les autres invités. Je ne sais pas si elle est bourrée ou juste heureuse... En tout cas, sa bonne humeur est contagieuse.
Jean Colin-Maillard était un guerrier de Flandres aux allures de géant. Il doit la seconde partie de son nom au maillet qu'il emportait toujours avec lui au combat, et qu'il maniait avec une grande dextérité. Robert le Pieu, alors roi de France, le fit chevalier en 999 au pays de Liège. Il eut les yeux crevés lors de son ultime bataille, menée contre le comte de Louvain. Mais guidé par les cris de ses écuyers, il continua à frapper ses adversaires sans même les voir.
L’assiette atterrit à deux millimètres de mon pied. Celle-là, elle est pas passée loin. Ça doit bien faire vingt minutes qu’elle hurle mais qu’est-ce que je peux faire. J’attends. Comme un con. Elle se calme, on dirait qu’elle a eu peur de me toucher. De me faire mal.
Elle s’assoit.
« Comment… ? »
Elle a l’air triste.
J’ai rencontré Mina l’année dernière. Je suis pas du genre à être constamment à la recherche d’une nouvelle maîtresse. Elle m’est tombée dessus c’est tout. On suivait le même cours de traduction à la fac. Elle était un tout petit peu plus attirante que les autres. Un peu moins moche, un peu plus intéressante. Pas vraiment mon genre cela dit, et comme elle avait pas l’air de se rendre compte de ma présence, j’ai pas insisté. On a commencé à se voir à la fin de l’année, j’avais complètement oublié sa présence. Ça fait trois mois qu’on est pour ainsi dire ensemble.
Ma mère a rapporté à la maison une minuscule galette des rois. Elle m’a dit qu’il leur restait que ça, au Monoprix. Et elle n’a pas compris pourquoi la vision d’une mini-galette m’a stupéfait et quelque peu terrifié. Alors j’ai dû lui expliquer.Bande de cons. »
Ma mère m’a pas dit d’éviter les vulgarités. C’est que, quelque part, elle était d’accord.
Et en silence, on a eu une petite pensée pour tous les rois solitaires qui se morfondent dans leur appartement vide.
J'avais envie de lui arracher les yeux mais j'ai préféré les lui laisser pour qu'il puisse pleurer. La dernière fois que j'avais vu mon frère en larmes, c'était le jour de l'enterrement de mon oncle. Cette fois-ci, il pleurait parce qu'il savait qu'il venait de faire la plus grande connerie de sa vie. Et parce qu'il ne voulait pas assister à un nouvel enterrement.
Confortablement assis dans le canapé du salon, j'épie un peu la pièce pour m'assurer que rien n'a changé. Le papier-peint a jauni -encore un peu plus- mais à part ça, la maison de mes grands-parents a traversé les décennies sans qu'un objet ne bouge. La télévision (ou plutôt "le poste") trône en face du siège de mon grand-père, dont le sport favori est de s'endormir face à l'écran cinq minutes après l'avoir allumé. Vu la qualité des émissions ces temps-ci, je me dis que c'est normal. Il ne le sait pas, mais quand il a les paupières closes, la bouche ouverte et qu'il bave sur son pull, mon papy émet une critique sous-jacente sur le caractère profondément soporifique des programmes télévisuels. Pas bête mon papy. Et de toute façon, il ne regarde pas si souvent la télé. Seul le JT de 20 heures reste pour lui un rendez-vous quotidien immanquable. Hors de question d'en louper la moindre seconde. Je ne sais pas quel genre de cataclysme psychosismique se produirait ici si jamais mon grand-père venait à louper la première note du générique. Je préfère ne pas le savoir.
Je l'ai retrouvée assise, toute seule, dans la boue. Autour d'elle, les gens allaient et venaient sans s'arrêter. En m'approchant un peu plus, j'ai vu sur ses joues des traces de rimmel que ses larmes avaient laissées. Elle ne les avait pas essuyées, sans doute pour que je les vois en arrivant.
Je lui écrase ma pompe sur la joue, plus par curiosité que par envie de lui faire mal. Puis je lui demande à nouveau le code mais je pense qu'il ne m'entend plus. Il a dû gueuler jusqu'à s'en rendre sourd. Depuis quelques minutes, ses cris de panique se sont transformés en hurlements de douleur.
C'est une fois assis dans le train, après avoir posé mes sacs, que je me suis demandé si c'était vraiment une bonne idée d'aller à Moret-Veneux-les-Sablons (je n'invente pas cette ville, vérifiez). Mais bon, c'était l'anniversaire de J. , que je connais depuis 10 ans et qui est quand même une fille sacrément chouette (et accessoirement, magnifique).
